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Jonathan Huard : Avant et après le 15 octobre 2016

Jonathan Huard : Avant et après le 15 octobre 2016

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*Nouveautés*

juillet 28, 2020

 |  Centre Multisports

Par un bel après-midi ensoleillé, sur une route rurale d’automne et désertée, Jonathan Huard roule sur sa moto. Passionné par tout ce qui procure de l’adrénaline, il effectue un dernier tour sourire aux lèvres avant de retrouver ses amis, un feu de camp et sa vie. Le 15 octobre 2016 ne devait pas passer à l’histoire du jeune homme d’aujourd’hui 32 printemps. Et pourtant, ce jour-là, sa vie s’est brusquement arrêtée. N’eût été une âme sœur qui passait par là, son cœur n’aurait pas repris. Quelques massages cardiaques pour le ramener ici, dans une vie qui ne sera plus jamais la même. Nous sommes le 15 octobre 2016, Jonathan Huard a 29 ans, huit côtes de brisées, l’omoplate désarticulée, deux poumons affaissés, un de perforé, une partie de la colonne vertébrale fracturée et, entre autres blessures, le crâne déconnecté des cervicales. Nous sommes le 15 octobre 2016, aux soins intensifs de l’hôpital Sacré-Coeur où 99,9% des patients dans un tel état ne dépassent pas 24 heures de vie.

Trois ans plus tard, l’homme originaire de Saint-Lambert frappe des sacs et s’entraîne auprès de Paul Bourgoin dans le cours de Kickbox-Fit au Centre Multisports. Trois ans, une vie depuis pourtant.

Avant le 15 octobre 2016

 

Comme plusieurs garçons de son âge, Jonathan Huard a passé la majeure partie de son enfance à courir, jouer et bouger : « L’école voulait me sacrer sur du Ritalin, affirme-t-il, parce que j’étais trop hyperactif. » Ses parents l’inscrivent finalement au soccer, sport dans lequel il joue pendant un quart de siècle, essentiellement comme gardien de but : « Le gars de 200 livres, même si je fais 130 livres tout mouillé, ne me faisait pas peur, admet-il. Si je faisais un face à face avec un autre gars, ce n’est pas moi qui allais me tasser. » Jonathan est de ceux qui arrivent dans un nouveau sport et joue comme s’il l’avait pratiqué toute sa vie. Un ami l’appelait pour aller faire de la planche à neige, il n’avait jamais essayé la planche à neige, il disait présent. À peine deux mois avant son accident, il voguait allégrement sur une planche de surf chez Oasis Surf à Brossard. Il vivait à cent mille à l’heure, vent de face, prêt à tout. Mais pas à se reconstruire un pas à la fois avec une tige en titane dans le cou pour relier son crâne à sa colonne vertébrale.

Pendant le 15 octobre 2016

 

Sur l’accident même, on pointera la malchance d’avoir perdu le contrôle d’une moto dont la roue avant s’est alignée parfaitement, l’espace d’un court instant, sur une fissure au milieu de la chaussée pendant une manœuvre de dépassement. Perte de contrôle, impact terrible, corps projeté sur un poteau de bois inébranlable, chute sur le gazon, atterrissage entre une rangée de roches décoratives et une clôture toute en piquets. Déjà un miracle d’être atterri là. Des souvenirs de l’accident, Jonathan n’en conserve aucun : « C’est comme si je m’étais couché le vendredi soir et réveillé quatre jours plus tard à l’hôpital, se rappelle-t-il. Le cerveau a éteint tout ce qui était moins utile pour garder l’essentiel en vie ». Trois mois d’hospitalisation avec un collet cervical en tout temps, une année de réadaptation externe, la douleur constante, la morphine, les antidépresseurs, la cessation d’emploi, les procédures sans fin avec les assureurs, le jeune homme a traversé le désert avant de s’arrêter à une première oasis.

 

Après le 15 octobre 2016

 

L’une de ces oasis s’est présentée sous la forme d’un cours de Kickbox-Fit offert au Centre Multi-sports par l’entraîneur Paul Bourgoin. C’est en feuilletant le magazine du centre que Jonathan Huard a trouvé la bougie d’allumage qu’il lui fallait pour retrouver, sinon rapprocher, la fougue, l’énergie et la forme d’antan. Le Kickbox-Fit lui a ouvert une rare porte : « Ça me prenait quelque chose, soit pour dépenser mon énergie, soit pour dépenser ma frustration ou pour bouger, raconte celui qui s’est récemment installé à Vaudreuil-Dorion. Je ne peux plus faire du soccer compétitif parce que si je tombe, je pourrais mourir. La quincaillerie que j’ai dans le cou, c’est ce qui pourrait me tuer. » Ne connaissant personne à Vaudreuil-Dorion, il s’est inscrit au cours sans trop savoir à quoi s’attendre, sinon d’être entouré de gens motivés à s’entraîner : « Ma façon de me dépasser, c’est de voir quelqu’un qui en fait un peu plus que moi, relate-t-il. Je veux me pousser, je veux le dépasser ou je veux faire comme lui. Je suis compétitif, ça vient de ma nature de joueur de soccer. J’aime la camaraderie aussi, on s’entraide. » En la personne de Paul Bourgoin, Jonathan a trouvé un entraîneur expérimenté qui adapte ses cours aux gens qui sont devant lui : « Paul a toujours trouvé quelque chose pour mes capacités, il s’adapte, atteste le jeune trentenaire. Ça me prenait un prof qui me guide. » « C’est un miraculé de la médecine ce gars-là, estime Paul Bourgoin. Il s’améliore tout le temps. Au début, il a trouvé ça ruff, difficile. Il ne peut pas faire certains exercices parce qu’il n’a pas l’équilibre, mais mon rôle est de lui donner des exercices qu’il peut faire. »

Le renouveau par le sport

 

C’est ainsi qu’un jeune motocycliste confiant a vu sa vie basculer, s’arrêter, reprendre et se diriger là où elle ne devait pas aller. Aujourd’hui, Jonathan Huard tisse lentement le fil de sa nouvelle vie en faisant le deuil de tout ce qui l’énergisait il n’y a pas si longtemps encore. Comme il le dit si bien, il se ferme des portes volontairement pour sa propre sécurité. Il transfère sa fougue en s’équipant d’un simulateur de course automobile qui ferait l’envie d’un coureur de F1 et transmet sa passion et son histoire sur la plateforme de diffusion Twich où il espère, vis son acronyme JoLooN, accueillir un maximum d’abonnés. Mais le plus important est d’avoir repris son ascension à l’atteinte d’objectifs en renouant avec une échappatoire comme le Kickbox-Fit. En ayant toujours au-dessus de lui une épée de Damoclès : « Je ne veux pas me priver des bonheurs que la vie va avoir à m’offrir, dit-il, mais en même temps, je suis obligé de faire attention. C’est comme le coronavirus : si les gens sortent, ils courent le risque de l’attraper. Moi, je cours toujours le risque d’essayer une activité au détriment de ma vie. » Tous les gens qui entrent au Centre Multi-sports ont leur raison d’être là. Tous ont leur histoire et leur vécu. Jonathan Huard a le sien et plus que jamais tient une place parmi ceux qui inspirent silencieusement.

 

 

Patrick Richard

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