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Natalia, tu as 1% de chance de survivre

Natalia, tu as 1% de chance de survivre

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*Nouveautés*

juillet 2, 2023

 |  Centre Multisports

Joueuse de tennis en fauteuil roulant

Dans une vie, on côtoie toutes sortes de gens. Des gentils, des gens bons, des gens d’ici, des gens d’ailleurs. Il arrive parfois qu’on croise des personnes dont l’histoire nous émeut et nous transporte hors du moment présent. La rencontre de Natalia fait partie de ces rendez-vous mémorables qui nous apprennent que l’existence, plus que jamais, se vit au moment présent.

À l’âge où les jeunes filles découvrent lentement le monde qui les entoure en jetant sur la vie ce regard naïf caractéristique des enfants, Natalia Lanucha apprend, dans sa Pologne natale, qu’elle est atteinte d’un cancer. Un cancer des os si virulent que les médecins sont catégoriques : Natalia a 1% des chances de survivre. Prises avec des métastases aux poumons, elle subit plus de vingt chirurgies au fil des ans et passe à travers une batterie de tests qui la laisse hypothéquer. Affectée, elle arrive à marcher, mais ne peut plus courir ni sauter. Pourtant, la jeune fille devenue femme rêve maintenant de représenter le Canada en tennis en fauteuil roulant aux prochains Jeux paralympiques à Paris en 2024. Et nous ne sommes pas dans le domaine de l’illusion, mais dans celui du possible : « J’ai eu une maladie très difficile, raconte la survivante, mais mes parents ne m’ont jamais dit que j’avais une maladie et que j’allais mourir. J’étais consciente que c’était grave, mais quand j’ai vu les enfants malades, je me suis dit : c’est moi maintenant, je vais être comme ça, c’est correct, j’accepte. Après ça, je me suis battu, mes parents m’ont beaucoup aidé, ils étaient très positifs dès le début ». Arrivée au Canada avec sa famille en 2006, Natalia tente de comprendre les rudiments du français et de l’anglais, elle qui n’a pas complété son primaire en raison de sa santé précaire. Elle doit tout apprendre, même comment étudier. Autour d’elle, un paysage de montagnes abruptes parsemé de routes aux détours innombrables. La vie la bouscule et elle choisit de relever tous les défis qui se présentent à elle. Un à la fois : « Quand j’étais malade, se rappelle-t-elle, j’avais beaucoup de limitations, mon idée de devenir athlète était finie, je ne pouvais plus rien faire. Mais je ne savais pas que les sports adaptés existaient ».

La voie du sport adapté

Cette voie des sports adaptés s’ouvre à elle au moment où Natalia fréquente l’université où une personne lui parle de Parasports Québec. En surfant sur Facebook, elle découvre le tennis en fauteuil roulant et décide de l’essayer. Elle aime tellement son expérience qu’après la première pratique, elle s’achète une raquette chez Canadien Tire! Une première raquette de piètre qualité, mais un intérêt certain pour le tennis. Au fil des recherches et de sa passion naissante, elle aboutit à Pincourt où elle rencontre celui qui deviendra son entraîneur : Étienne Bergeron. « Quand je me lève le matin et que je ne me sens pas bien, illustre celui qui amorce son 35e été de coaching, et qu’il y a 22 raisons de ne pas faire ce que je suis sensé faire, je pense à elle et je me dis : je n’ai rien à me plaindre. J’ai tout à gagner. Ça peut juste être inspirant pour n’importe qui ce scénario-là et j’en parle avec les jeunes que j’entraîne. » Au moment de rencontrer Natalia, Étienne Bergeron porte en lui la volonté d’enseigner le tennis en fauteuil roulant. L’arrivée de la jeune joueuse dynamise ce désir et aujourd’hui, le programme mis en place permet de rêver grand : « On est en train de former une communauté de tennis en fauteuil roulant dans notre région », mentionne fièrement l’entraîneur. Bien que les règles pour sa version adaptée soient pratiquement les mêmes que celles du tennis régulier (mis à part que le joueur a droit à deux bonds), l’approche, elle, diffère. La souplesse semble être la clé : « Je n’ai pas peur de faire des choses qui ne sont pas comme d’habitude parce que ce parcours-là n’est pas comme d’habitude, affirme Étienne. Et chaque fois que je me demande ce que je peux faire de plus, elle me surprend qu’elle est capable d’en faire plus. »

Un support financier avant les Jeux

Cette volonté de s’améliorer et d’ouvrir les voies en apparence les plus tortueuses mène aujourd’hui la joueuse de 30 ans à performer sur les plus grandes scènes de son sport.  « On est à la course d’aller faire tous ces tournois-là partout dans le monde pour aller chercher les points dont elle a besoin, précise Étienne Bergeron. Et il faut aller chercher de l’expérience. Les jeux panaméricains sont en novembre et l’année d’après, ce sont les jeux paralympiques. On est à la recherche du support financier pour avoir une athlète paralympique. C’est ça le rêve ». Ce rêve, Natalia le porte depuis l’enfance. Rien, pas même un petit pourcentage de chance de survie, ne l’a détourné de sa route : « Quand je planifie quelque chose dans la vie, souligne-t-elle, je vais y aller et je vais réussir. Peu importe combien de temps ça va prendre, je sais que ça va arriver ». Celle qui n’a pas pu faire ses études primaires entrera à la maîtrise en septembre après avoir obtenu un 2e baccalauréat.  « Quand j’étais malade, je regardais des vidéos sur les gens malades, admet-elle, et ils m’inspiraient beaucoup. J’espère vraiment un jour être quelqu’un comme ça pour d’autres personnes qui vivent la même chose ». Pas besoin de chercher bien loin pour trouver les gens qu’elle inspire. Une personne se tient tout près et semble prête à tout pour l’aider à atteindre son but : « Natalia est tellement importante pour moi, avoue son entraîneur. Travailler avec elle, c’est différent des autres choses que je fais. C’est passionnant!  Voir d’où elle vient et vers où ça peut s’en aller, c’est incroyable. Je suis tellement choyé d’en faire partie ».

Quand il parle de Natalia, les yeux d’Étienne Bergeron s’illuminent et voient loin devant, là où la pratique du tennis en fauteuil roulant révèle des histoires si grandes et inspirantes qu’elles imposent le respect.

 

Par : Patrick Richard

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