Pendant longtemps, pour moi, le fitness signifiait l’intensité.
À douze ans — oui, à une époque où les gym n’avaient pratiquement aucune réglementation — j’avais déjà un abonnement. À dix-huit ans, j’étais entièrement plongée dans l’industrie, donnant jusqu’à vingt cours par semaine, pendant de très nombreuses années. Haut impact, haut volume, exigences élevées. C’était la culture. Et je l’ai suivie sans relâche.
Mais après 36 ans dans le monde du fitness, j’en ressens aujourd’hui les effets. Pas sous forme de blessure dramatique, mais à travers l’usure cumulative : des tensions qui ne se relâchent pas, des articulations qui ne récupèrent plus comme avant, une fatigue qui s’installe, un système nerveux qui dit parfois stop.
À 55 ans, ma façon de m’entraîner n’a plus rien à voir.
J’aime encore bouger. J’aime encore m’entraîner intensément. Mais maintenant, je m’entraîne avec intention — pas avec ego. Je choisis ce dont mon corps a besoin, et non ce que je voudrais le forcer à faire.
Et ce changement est, de loin, la leçon la plus puissante de toute ma carrière.
Le mythe du « toujours plus »
Pendant des décennies, la culture fitness a valorisé les extrêmes. Elle a glorifié l’épuisement, normalisé la douleur, et confondu progrès et dépassement constant des limites. J’y ai cru longtemps — parce que ça fonctionnait… jusqu’à ce que ça ne fonctionne plus.
La vérité, c’est que votre corps ne prospère pas sous une surcharge permanente.
Il prospère sous un stress approprié, appliqué avec respect, intelligence et stratégie. La longévité ne se construit pas dans la punition : elle se construit dans la collaboration.
Écouter son corps est une compétence — et nous en avons tous besoin un jour ou l’autre
Travailler avec son corps demande de développer une conscience fine — de vos muscles et articulations, oui, mais aussi de votre système nerveux, de votre récupération, de vos cycles d’énergie et même de votre état émotionnel.
C’est reconnaître la différence entre :
- fatigue et surmenage
- courbature et avertissement
- défi et compensation
- discipline et manque de respect envers soi-même
Quand on donne 20 cours par semaine à 20 ans, on n’y pense pas vraiment.
Quand on a 55 ans, qu’on bouge encore, qu’on est encore forte, encore capable, encore instructrice — on réalise que cette écoute change tout.
La longévité se construit de l’intérieur
Ce qui nous maintient forts et fonctionnels en avançant dans les décennies, ce n’est pas l’effort maximal — c’est l’effort durable.
C’est :
- Une force fondamentale solide
- Un mouvement contrôlé et de qualité
- Une mobilité qui soutient la vie réelle
- Un système nerveux régulé
- Des phases d’intensité équilibrées par une vraie récupération
- Un corps nourri, pas puni
C’est ce type d’entraînement qui permet non seulement de performer, mais de continuer à performer.
Votre corps n’est pas une machine — c’est une relation
Pendant des années, j’ai traité mon corps comme un outil : quelque chose à diriger, à pousser, à discipliner. Aujourd’hui, je le traite comme un partenaire.
Et ce partenariat m’a apporté plus de force, de clarté et de résilience que n’importe quel slogan « no pain, no gain ».
La longévité vient du respect — de l’écoute, de l’adaptation, du choix d’une approche qui vous soutient aujourd’hui, mais aussi dans dix, vingt, trente ans.
Travailler avec son corps ne veut pas dire faire moins — cela veut dire faire mieux.
Et à 55 ans, c’est une leçon que j’aurais aimé apprendre plus tôt.
